La Ve République est-elle monarchique ? Non, « les institutions de la V° République répondent à un besoin »

Qui suis-je ? Un jeune lambda. Est-ce que j'exerce mes devoirs civiques ? Oui. Est-ce que j'adhère aux institutions qui me représentent ? Oui. Par les temps qui courent, la V° République est le catalyseur de toutes les revendications. Elle est chahutée, incriminée, remise en cause dans ses fondements même. Au sein de la classe politique française, chacun y va de sa captation. Moderniser la V° République, la révolutionner, la refondre. Ou plus simplement l'abandonner, enterrer « la monarchie présidentielle », afin de proclamer une VI° République sociale.

Le 2 octobre, Claude Bartolone et Michel Winock se sont joints au rejet généralisé de la Cinquième. Dans un rapport sur l'Avenir des Institutions, les deux hommes listent 17 propositions pour « refaire la démocratie ». Un retour au septennat, une introduction de la proportionnelle à l'Assemblée, un accès au référendum facilité et un renforcement du poids du Parlement font partie des hypothèses avancées. En ouverture de ce rapport, Michel Winock explique qu' « une urgence est avérée, celle de combler le fossé qui ne cesse de s'élargir entre les citoyens et les dirigeants politiques ». En substance, ces propositions brossent le portrait d'une République parlementaire, adossée à un scrutin à la proportionnelle. Pourtant, aussi pertinente cette affirmation puisse paraître, un constat différent s'impose à ma conscience démocratique : celui d'une V° République qui, en 1958, a d'abord répondu à un besoin. Bernard Carayon, ancien député du Tarn et maire Les Républicains de Lavaur, me confiait récemment que la V° était en premier lieu « le mariage de l'autorité et de la démocratie ». Cette autorité, incarnée par un exécutif fort, a émergé en réponse aux lacunes des Républiques précédentes, politiquement instables et considérées comme illégitimes par une majorité de citoyens. L'immense propension du peuple français à exercer ses droits civiques trouve notamment sa légitimité dans la possibilité d'utiliser la voie référendaire. Cette inhérence démocratique française est inscrite dans les valeurs de notre pays depuis 1789. La V° République n'est donc ni celle d'une élite, ni celle d'un cercle fermé d'intellectuels, ni celle d'un président despotique. La V° République est d'abord notre République. Celle des français de tous âges, de toutes classes sociales, de toutes croyances religieuses et de toutes convictions politiques. Lorsque j'examine les institutions de la Cinquième, leur indispensable balancement démocratico-autoritaire et leurs aboutissements, je les envisage indubitablement dans leur globalité. La Constitution de 1958 a émergé dans un contexte d'instabilité politique généralisée. Selon Bernard Carayon, « elles ont permis de rompre avec ces Républiques de l'irresponsabilité qu'étaient la Troisième et la Quatrième, qui n'ont pas empêché la guerre et dont les gouvernements ont été impuissants en 1940, comme face aux évènements d'Algérie ». « La France est un vieux pays de guerre civile », disait Anatole France. Sa stabilité repose sur un pouvoir exécutif inaltérable, prépondérant, dont la légitimité est garantie par la règle démocratique. Il est une pratique que les détracteurs de la Cinquième se plaisent à fustiger, châtier et condamner sans cesse plus fermement : le 49.3. Qualifié d'arbitraire, de despotique voire de quasi-tyrannique, il n'en est pas moins inscrit dans ce texte sacré qu'est la Constitution. Ce ne sont pas les institutions que mon diagnostic accable. Dotée d'une ossature solide, de structures bien pensées et d'organes parlementaires qui garantissent la règle démocratique, la Cinquième possède les éléments indispensables d'une République bien portante. Alain Merly, ancien député UMP du Lot-et-Garonne, affirme que « dans un contexte économique et diplomatique qui requiert des structures étatiques solidement enracinées, notre République ne s'en sort pas si mal. Le débat parlementaire est toujours pertinent en France. Et cela est encore plus vrai avec des fréquences d'élections rapprochées ». Finalement, quelles sont les véritables ambitions de Claude Bartolone et Michel Winock au travers de leur rapport sur l'avenir des institutions ? Une proposition introduit l'idée d'une interdiction au Gouvernement de faire des amendements sur les propositions de loi du Parlement. Bernard Carayon assure que la réforme Sarkozy de 2008 est suffisante. « C'est le texte qui a été débattu et amendé en Commission, et non plus un projet de loi initial du Gouvernement, qui est discuté ensuite en séances. C'est un très grand progrès, qui renforce le rôle du Parlement ». Alain Merly, quant à lui, affirme que cette proposition n'est qu'un prétexte. Face à ce moule démocratique que je crois totalement en phase avec son époque et le peuple dont il se fait le serviteur, mon constat est le suivant : ce sont les hommes qui les constituent qui font que nos institutions, dans leur grandissante majorité, ne représentent plus la volonté citoyenne. La classe politique française a muté, au fil des mandats et des gouvernements. Nous sommes aujourd'hui confrontés à l'insupportable formatage du prisme politique en un standard urbain et métropolitain. L'Assemblée Nationale et le Sénat souffrent d'une nouvelle génération de parlementaires qui ne défendent plus les intérêts locaux et régionaux de leurs électeurs. Les centres de décisions et les leviers de pouvoir se retrouvent sclérosés et réservés aux plus hautes sphères de l'État. Nous faisons face à un manque de représentativité et à un écrasement toujours plus systématique de nos principes démocratiques. Qui doit-on blâmer ? Vous ? Moi ? Le cadre des institutions? Ou plus simplement les hommes qui les composent ?

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(crédit photo : wiki commons)

Monarchie républicaine, oligarchie ou gérontocratie... Notre cœur balance

Qui suis-je ? Un jeune lambda. Est-ce que j'exerce mes devoirs civiques ? Oui. Est ce que je me sens représenté ? Non. En effet, aujourd'hui une vraie question générationnelle se pose. Si les Français ne croient plus en la classe politique, imaginez ce qu'il en est des jeunes ! La Ve République ne semble plus être en adéquation avec notre époque. Entre une « monarchie républicaine », une oligarchie ou une gérontocratie, notre cœur balance. Pourtant, cette remise en cause de nos institutions n'est pas récente. En 1974, Maurice Duverger parlait déjà d'une « monarchie républicaine ». Plus de quarante ans après, et malgré une réforme constitutionnelle en 2008, le constat reste similaire. Le recours à la procédure dite du « 49-3 » - qui permet l'adoption d'un texte de loi sans vote - est une pratique digne de l'Ancien Régime. Pour François Hollande, en 2006, alors premier secrétaire du Parti Socialiste, il s'agissait d'un « déni de démocratie, une manière de freiner ou d'empêcher le débat parlementaire ». Plus de deux siècles après la Révolution, je perçois encore un héritage monarchique. Comment une Constitution de la République peut-elle légitimer des ancrages royaux ? Mais ma critique, bien qu'existante, ne repose pas entièrement sur des points institutionnels. Il est question ici d'un ressenti. Pierre-Yves Cadalen, chargé des relations presse pour le Mouvement pour la 6e République (M6R), estime que le rôle du chef de guerre est le rôle d'un monarque président. « Avec la constitution que nous avons, il n'y a pas besoin de pousser beaucoup l'individu pour qu'il devienne un monarque », estime-t-il. Et de poursuivre : « La décision d'entrer en guerre appartient uniquement au président, le parlement n'est pas consulté, cela montre donc bien que dans ce pays l'on considère que c'est la réserve discrétionnaire du monarque ». Et la Cinquième a d'autres maux. À l'heure où 78% des députés ont plus de 50 ans, où 77% des sénateurs ont plus de 60 ans, moi - le jeune - j'ai du mal à me sentir représenté. Nos aînés n'ont plus notre confiance, ni notre intérêt d'ailleurs. Je me demande même s'ils la souhaitent, à en juger par leur absentéisme flagrant dans les hémicycles. Il y a bien une question voire une fracture générationnelle qui s'enracine. Toutefois, pour le chargé des relations presse pour le M6R, « le problème ce n'est pas tant l'âge, mais c'est le nombre de mandats qu'ils ont fait ». D'une part, il y a donc pour certains le sentiment d'être régis par une gérontocratie. Une classe politique qui est léthargique, vieillissant au même rythme que la Ve République. D'autres, à l'instar de Pierre-Yves Cadalen, ne sectorisent pas pour autant les politiques. Le problème résiderait plus alors dans le cumul et l'accumulation des charges. À cela il faut aussi ajouter un pouvoir des citoyens relatif : « La constitution actuelle offre tellement peu de participation au peuple, qu'on pourrait même dire que c'est une oligarchie qui domine le pays », analyse-t-il. C'est alors que l'idée d'une VIe République fait son chemin. Initialement lancée par Arnaud Montebourg, c'est Jean-Luc Mélenchon qui aujourd'hui semble la porter. Plus de 100 000 personnes ont signé l'appel du président du Parti de Gauche, qui demande « l'abolition de la monarchie présidentielle », en instaurant la Sixième. Stéphane Hessel, qui nous disait que l'indifférence était la pire des attitudes, nous poussait à l'indignation. Ce n'est pas moi qui vais le contredire. Je suis indigné. Face à l'incurie de nos politiques il me faut, il nous faut repenser la question du pouvoir en France. Plus d'oligarchie. Plus de gérontocratie. De la démocratie. D'autant qu'à en juger le climat actuel, l'enterrement de notre vieille Ve République doit être au centre de la prochaine campagne présidentielle. Mais finalement, qui doit-on blâmer ? Vous ? Moi ? Le cadre des institutions? Ou plus simplement les hommes qui n'osent pas s'indigner ?

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(montage photo : Nicolas Grubica)

Justine Frayssinet & Lucas Scaltritti

Catégorie : Politique | Postée le | Lien permanent

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