TINDER IS NOT TENDER

Séduire en 2016, c'est séduire de manière 2.0. Les jeunes accumulent tout : plusieurs métiers, plusieurs passions et... Plusieurs conquêtes. Le petit outil qui fait la différence : Tinder, pratique, en apparence. L'application, qui compte près de 50 millions d'utilisateurs dans le monde, dont 62% sont des hommes, la plupart entre 16 et 34 ans, n'est-elle pas le Mal du siècle?

Dans les vestiaires des garçons

« Un mensonge par ci, un mensonge par là avec quelques compliments », voici la philosophie de Nicolas, slasheur en amour. Sous un pseudonyme Tinder, Nicolas, jeune homme séduisant aux yeux rieurs, cherche à vivre pleinement une odyssée sexuelle en toute liberté. Il évoque sans aucune gêne ses intentions. Il est à la recherche d'une relation sans attache, « sans prise de tête », loin de la future femme de sa vie. En un mois, déjà quatre rencontres se sont soldées sur des relations sexuelles sans lendemain, cela va bon (arrière)-train. D'après lui, certains utilisateurs s'inscrivent sur l'application afin de briser la solitude d'une nouvelle vie à Paris, utilisation plus fréquente qu'on ne le pense.

Romain a 25 ans, il est beau garçon et sa passion du théâtre l'a poussé à devenir costumier. Il bloggue, il tweet, il photographie aussi. Pourtant, il n'aime pas les films, la dernière fois qu'il est allé au cinéma, c'était avec... son rendez-vous Tinder. « Pour lui faire plaisir. Ca a duré quelque temps, puis je me suis lassé, comme d'habitude. » Son crédo ? Jamais rien de sérieux. Son Modjo séduction ? Plutôt -très- bon, il est parvenu à concrétiser une quinzaine de fois en moins d'un an. Son tri pour trouver « la bonne »? Non aux fautes d'orthographe, non aux philosophes en herbe qui citent Oscar Wilde dans leur description, non aux globe-trotteuses qui posent sur le Macchu Picchu, « trop mainstream ». Car la description Tinder c'est avant tout un argument de vente, la sélection des photos est fondamentale : elle dévoile des personnes protéiformes, capables de s'amuser en soirée et de lire un bouquin dès la photos d'après. Des slasheurs identitaires, en somme. Sauf dans certains cas :

Parfois, l'imprévu est au rendez-vous : la jolie fille pipelette sur l'écran de l'iPhone de Romain ne s'est pas révélée à la hauteur de ses attentes,
muette comme une tombe et chuintante.

Tinder, ché chympa mais ché la loterie. Et c'est absolument parfait pour cet anesthésié des sentiments qui
consomme de la chair, mais pas que. « Elle doit avoir de la conversation », jusqu'à ce qu'il se lasse deux mois plus tard.

Julien sur Tinder ... versus Romain

Julien a 27 ans, pas parisien d'origine, il a suivi un ancien amour. Aujourd'hui célibataire dans la petite pomme, il est prêt à croquer chaque nouvelle rencontre à pleines dents. Son travail de responsable de services clients le force à se déplacer aux quatre coins de la France, il télécharge Tinder, surtout pour remplir son carnet d'adresses. Pour matcher, pas de technique particulière, Julien lance son pouce à droite toute. Seule la première photo l'intéresse. La rapidité et la quantité, voilà les deux arguments de vente de Tinder. Et ça marche: comme Julien ils sont 50 millions d'inscrits sur Tinder[1] dans le monde fin 2014. Bien qu'il se dise timide, Julien engage souvent la conversation et n'hésite pas à proposer à ses interlocutrices de se rencontrer dans la « vraie vie ». Mais souvent Tinder est un coup de pouce dans l'eau« 3-4 verres puis plus de nouvelles ». Il résume: « 2-3 rendez-vous ou une baise ».

Tinder est naturel, envoyer un message sur l'application revient à aborder quelqu'un dans la rue, la barrière de la peur en moins. « C'est beaucoup plus cash », explique Julien. Les discussions se déplacent vite du site au SMS, Tinder joue l'interface.

Sur Tinder, les filles et les garçons sont là pour la même chose: faire des rencontres sans passer par la case comptoir. Quand la discussion s'engage, chacun sait que physiquement, il plait à l'autre. C'est déjà cela de gagné. Mais les déceptions sont aussi légion: des prétendants trop entreprenants aux princesses peu intéressées par le « ils vécurent heureux pour toujours». Pour Julien: « des relations sexuelles non, des rencontres oui ». « Internet est un marché de dupes », répond le docteur Jacques Waynberg, père fondateur de la sexologie en France selon ses dires. Il est facile de tromper l'autre avec un faux profil, des fausses informations, « c'est un outil factice ». Mais « lorsqu'on passe à la caisse », le ticket s'alourdit. Car, Internet est « un second choix» pour les déçus du dance-floor

Dans les vestiaires des filles

Et les filles alors ? Laura a 22 ans, étudiante en lettres et vendeuse de chaussures à mi-temps pour (sur)vivre à Paris, elle ne met pas de citation d'Oscar Wilde (ouf). Elle voulait juste du réconfort après une rupture difficile. «Des inconnus qui te plaisent t'accordent de l'attention. Seulement, lorsque le nombre de matchs a dépassé les 20, je ne savais plus sur qui me concentrer. J'avais parfois l'impression d'être dans un magasin de chaussures et d'hésiter entre des Louboutins et des tongs. Ca a fini par me dégoûter, je n'éprouvais plus aucun plaisir ». Overdose de conquêtes, ménopause dans la tête ?
Mais certaines sont plus déterminées que d'autres et illustrent à merveille les théories du docteur Waynberg.
Tout en fitness.


Comme on l'a découvert avec Julien, Romain et Nicolas, Tinder a remplacé Candy Crush chez ses utilisateurs en développant une réelle addiction aux mille crush par secondes. Mille crush d'une seconde, les utilisateurs Tinder ne sont pas patients. Le risque: être remplacé(e) par ta voisine au décolleté 85D rembourré, par cet apollon en costume qui disserte sur des livres jamais lus. L'accélération prime sur la passion. Car l'amour n'est pas au bout du doigt ni derrière un écran. Une voix, une odeur, une gestuelle, et surtout une attraction purement chimique ne peuvent se matérialiser à travers des pixels.

Sur Tinder, tous les hommes sont des slasheurs !

« Viens on va matcher sur Tinder ! ». Qui n'a jamais passé le temps à swiper avec ses ami(e)s autour d'un verre, à droite à gauche, à droite. « Beurk » « Il est pas mal» ? Et si ce mouvement du pouce recouvrait une cruelle réalité insoupçonnée ? En effet ce geste équivaut au candide « tu veux jouer avec moi ? » de notre enfance. Yes or No, les dés sont jetés et que le jeu commence ...ou finisse ? Est-ce le choix où le résultat qui importe ? Matcher est-ce une fin ou un moyen ? Pour nous les femmes, bien que souvent on ne l'ose se l'avouer, le constat est sans appel. Avec Tinder, pansement qui tient dans la paume d'une main, matcher est bien une fin et souvent cela ne va pas plus loin.

Julie Lassale , Ayssata-Myriam Diallo et Aurélie Pasquie


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