FABlab

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Nous sommes en 2016 après Jésus Christ. Toute la Gaulle est soumise à des hiérarchies écrasantes. Toute? Non. Un petit Fablab peuplé d'irréductibles makers résiste encore et toujours à l'ordre établi. C'est le cas du Lorem.

Christophe connaît tout le monde au Fablab du Lorem. C'est un peu le grand frère de tous ces jeunes en quête de savoir et de nouvelles techniques. Et c'est bien pour ça qu'ils sont là, adhérents ou juste bénévoles, ils ont pris part à cette expérience qui allie nouvelles technologies et animations pour enfants et adultes. Situé dans le 14e arrondissement de Paris, cet EPN, espace public numérique, permet à ses membres de construire toutes sortes d'objets à l'aide d'imprimantes 3D, de fraiseuses numériques et autre découpeuses laser.

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Ces laboratoires de fabrication s'incarnent à travers l'expression « création collaborative » : on crée ensemble, mais surtout on bénéficie d'un libre accès à un matériel innovant digne du dernier Star Wars.
Christophe n'est pas un Jedi mais il n'en est pas loin. A le voir manipuler le dernier « bébé » du Lorem, comme il l'appelle, on se dit qu'on est entrés dans une autre dimension. Ce forgeur numérique passionné de drones multiplie les casquettes. Il est également manager et chaperonne les jeunes Makers, comme on appelle les membres d'un fablab. Mais il a également monté il y a 7 ans sa propre société de prises de vue aérienne, Flying Dream, avec 2 autres fans de ces nouveaux engins volants.
Christophe est ce qu'on appelle un Slasher et il est possible que vous en soyez un aussi sans le savoir. Pas de panique il ne s'agit pas là d'un Pokémon mais du fait de cumuler plusieurs emplois afin de diversifier ses activités. Ainsi notre slasher du Lorem travaille à la fois en tant que concepteur de drone, manager au sein du fablab et comme patron de sa société.

Un exploit ? Oui mais pas que
Outre son énergie, Christophe peut compter sur tout un attirail d'objets connectés, smartphone, tablette, ordinateur, pour s'organiser. Les trois membres de Flying Dream échangent par mail, s'envoient des fichiers sur dropbox ou font des réunions à distance via Skype. Ils passent leur temps à « envoyer du contenu sur leur page facebook ». Et tout ça, Christophe peut le faire depuis l'atelier du Lorem. Il nous explique également que ses deux activités, outre le fait qu'elles relèvent du même domaine, sont complémentaires.
« Quand on a une commande, il arrive que je doive m'absenter du fablab pendant 5 jours car je dois faire des prises de vues. Mais les deux se rejoignent car la plupart des conceptions multirotors [drones] se font ici, au Lorem. »

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Aurialie Jublin, membre de la Fing, Fondation Internet Nouvelle Génération, et à l'origine du programme Digiwork visant à « repenser la place des individus au travail dans une société numérique », connaît bien ce phénomène.

Selon elle, le numérique permet de développer des engagements multiples car ces derniers « se font avec les mêmes outils. C'est grâce au même ordinateur, I phone, grâce à la même tablette que le slasher gère ses engagements, projets, emploi du temps. » En effet, il est désormais possible de « travailler en parallèle, en simultané toute la journée ». Que Christophe soit au fablab ou à son entreprise : « il y a une vraie porosité entre le temps de travail, le lieu de travail ».

La spécialiste pointe cependant une ombre au tableau en soulignant le fait que le slasher se retrouve parfois à devoir gérer « différentes identités. » Cela peut conduire à une « charge de stress voire à un burn-out. » Selon elle, « le modèle du slasher est une réalité plutôt qu'un idéal. Une réalité qu'il faut accompagner, aider, pour pouvoir la gérer dans de bonnes conditions. ». Et ce modèle a vocation à se développer entraînant avec lui une mutation du travail et de la façon dont nous travaillons.


Pensons collectif !
« Aplatir les hiérarchies »: le révolutionnaire numérique s'en charge ! Pour la FING, celui-ci permet le développement de l'innovation et de l'open source. Il bouscule les hiérarchies existantes en amenant plus d'horizontalité dans nos entreprises françaises pour qui ce concept reste flou.
L'hexagone, ancré dans un bon vieux système pyramidal patron/ cadre/ salarié, se voit bouleversé par l'arrivée des technologies. Ainsi, la collaboration gagne du terrain. La technologie en est l'un des leviers puisqu'elle favorise l'interconnexion, les dispositifs de réflexion collective, de co-conception et de co-production. Il ouvre ainsi la voie à toutes sortes de plateformes d'échanges, de partage comme Dropbox ou Google Drive.
Auralie Jublin résume cela en déclarant que « le numérique a un impact sur la hiérarchie. Non pas le numérique en tant qu'outil mais le numérique en tant qu'esprit ».

L'esprit numérique, c'est quoi ? Pour certaines entreprises qui l'encouragent il s'agit d'« un esprit de partage, de collaboration, etc ». C'est le cas de Ford, et, pour prendre un exemple français, de Leroy Merlin. Ces deux entreprises ont investi dans des « techshop », Fablab où leurs salariés ainsi que des amateurs peuvent venir construire, créer, réparer à l'aide de machines mises à disposition. Les firmes, y compris les multinationales prennent donc conscience de l'impact que peut avoir le numérique sur leur fonctionnement et tentent de surfer sur la vague en encourageant elle-même le développement d'espaces collaboratifs.


Pour Aurialie Jublin on peut parler de « nouveaux collectifs »
Le Lorem s'inscrit dans la droite lignée de ces structures qui remettent en cause de par leur fonctionnement les organisations classiques. Les salariés y produisent avec autonomie et ceux qui se trouvent au plus bas de l'échelle hiérarchique se voient attribuer un large éventail de responsabilités. Selon Kevin, l'un des membres du Lorem, le président veut « mettre à disposition l'espace, faire en sorte que les personnes impliquées soient libres, qu'elles se sentent à l'aise, limite chez elles ». Bien sûr, il existe une hiérarchie administrative : « il y a 3 niveaux: Ago, le président associatif, Christophe qui est un peu le chef d'équipe. Il s'assure de coordonner tout le monde. C'est tout. ».

Mais en pratique, des tâches d'habitude cloisonnées et attribuées à une ou des personne(s) bien précise(s) sont confiées à l'ensemble des salariés...sans l'aval du patron. Lorsque Kevin évoque ce dernier, la hiérarchie apparaît bien poreuse: « Le patron...euh le patron (rires), oui c'est le mot qui vient en tête...plutôt Ago, préfère faire en sorte de laisser la gestion du Lorem à ceux qui travaillent (...) tout ce qui est avancer notre projet, travailler sur notre projet, on le fait chacun comme on le souhaite. Si on veut faire un partenariat avec un organisme extérieur, c'est nous qui le faisons. Faire venir des subventions, on le fait nous-mêmes ».


La France, leader des Fablabs ?

Oui ! Mais pas forcément pour les bonnes raisons.
Si la France peut se targuer de recenser 91 fablabs, l'Allemagne elle n'en compte que 26. Serait-on pour une fois en avance sur nos cousins germains ?
Pas vraiment. En réalité leur faible présence en Allemagne s'explique par le fait que le système des fablabs est beaucoup plus proche des entreprises allemandes que françaises.
En effet, les hiérarchies sont plus rigides chez nous. Chez nos homologues germaniques les salariés sont associés étroitement à la marche de l'entreprise dans un modèle de cogestion : Isabelle Bourgeois, chercheuse au Cirac (Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine) désigne ce processus comme un système « où les salariés ont une représentation élue qui co-décide avec le management dans tous les domaines qui ont trait à l'organisation de la production ».

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Cette organisation est plus propice à l'innovation. La charte des FabLab décrit ces deniers comme « un réseau mondial de laboratoires locaux, qui rendent possible l'invention ». Or, en France, l'innovation est justement incarnée par les Fablab alors qu'en Allemagne ce sont les entreprises et plus particulièrement les salariés qui remplissent ce rôle. Isabelle Bourgeois explicite ce phénomène grâce à la co-gestion : « Comme chacun est responsable à son poste de travail, le salarié va anticiper les évolutions et faire des suggestions. Il va voir des aspects plus pratiques, se dire "tiens notre client a commandé une pièce. En faisant ainsi ça serait peut-être plus facile de la faire, et la qualité serait meilleure si on changeait le processus de production" ».
Ainsi, la forte présence de Fablab en France s'explique par une remise en cause des hiérarchies à la française qui laisse doucement émerger de nouveaux profils comme ceux des slashers. Un manque à combler dans un univers professionnel encore strict et rigide qui tend, grâce aux Fablab, à évoluer vers un système semblable au système allemand.


Coline Vazquez, Maïlys Khider, Rémy Fontaine

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