L'Édito

Chaque semaine, toujours plus de nouveaux outils d'auto-édition : après Facebook, Twitter et FriendFeed, voici Tumblr, Reddit, Plurk, Quora... Le Web 2.0 est un exercice dynamique où les utilisateurs emmènent les médias dans une direction imprévisible. L'audience est maintenant complètement active et contributive. Près de 60 % du temps passé sur Internet est focalisé sur les blogs et sur les réseaux sociaux. Wikipédia est de loin le premier site d'information aux Etats-Unis. YouTube, Facebook, Twitter, qui entend devenir le pouls de la planète, sont devenus des sources d'informations incontournables...

Les collectifs d'internautes se retrouvent aujourd'hui à l'avant-garde des innovations en journalisme. Ils définissent la marche à suivre, ouvrent de nouvelles pistes, imaginent des perspectives inédites. Pourtant,dans le nouveau monde du contenu autoproduit (UGC - user generated content), l'origine de l'information compte aussi bien moins qu'avant.

C'est ce qui explique, notamment, que nos sociétés surmédiatisées soient en situation constante d'insécurité informationnelle. Voilà pourquoi aussi, l'information a aujourd'hui moins d'importance que son commentaire pertinent. A l'époque des informations hyperabondantes et parasites (soft news, infotainment,trash news), un mur invisible nous empêche de savoir quelles autres informations nous sont occultées. Et, dans ce même mouvement, la fiabilité des médias va s'amenuisant -- à mesure que prolifèrent des informations dominantes.

Les journalistes doivent donc réinventer leurs métiers en redevenant les filtres indispensables et pertinents de l'information surabondante. Alors, oui, le journaliste n'est plus seul à dire au monde qui il est -- et c'est tant mieux. Oui, l'information est plus que jamais un work in progress, une matière qui se développe, une sorte de conversation, un processus dynamique de recherche de la vérité, plutôt qu'un produit fini. Et, cela aussi, c'est tant mieux.

A condition qu'on oublie pas qu'une information fiable est bien celle qui est la plus créatrice de valeur. Et que le fait de fiabiliser une information, au-travers de la vérification de sources, continue plus que jamais de nécessiter une expertise entraînée. Le journaliste n'est plus le seul historien du présent ? C'est bien vrai. Mais lui seul est capable de réinventer son métier et ses outils. Au profit d'une certaine transparence.

Jean-Edouard André